Qui est Laurent Taquin ?

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De sentiers de randonnée  en chemins de traverse, l’itinéraire musical du musicien et inventeur belge Laurent Taquin est un formidable laisser-passer pour la poésie et l’imagination.

Au début des années 80, après une formation en mime avec Fugyo Ishimaru et en Commedia del Arte avec Franco Dragone à Bruxelles, Laurent Taquin entreprend l’apprentissage de l’acrobatie, de la jonglerie et de la danse. Il se perfectionne pendant plusieurs années dans ces différentes disciplines et devient même formateur en mime et en expression scénique.

Parallèlement, sa découverte du free-jazz le conduit dès 1985 à se lancer dans l’apprentissage autodidacte du saxophone. L’esprit de liberté et d’improvisation propres à ce courant jazzistique, portée par des musiciens fougueux et libertaires, tels John Coltrane ou Albert Ayler, rencontre une sensibilité déjà fort peu encline aux carcans de toutes sortes, musicaux ou pas. D’une manière totalement empirique, il se livre alors à une sorte d’initiation instrumentale à rebours. Au lieu de chercher à se plier à une étude didactique du saxophone, il l’apprivoise petit à petit, cherchant à en tirer des sons jusque là inconnus. A cette époque, cette approche musicale peu orthodoxe en choquera plus d’un.

Par la suite, sa rencontre en 1989 avec le compositeur et saxophoniste Fabrizio Cassol sera déterminante. Ce dernier est le leader du groupe Aka Moon, probablement l’une des formations de jazz actuel les plus originales de Belgique. Laurent Taquin intègre sa classe d’improvisation pure au sein de laquelle, pendant quatre ans, il se livre à un intense travail d’exploration sonore. « Tout était possible dans ces sessions ; nous pouvions tout nous permettre au sens musical. On travaillait aussi des compositions contemporaines telles que des « partitions en couleurs et formes » de John Cage, la « structure de réseau et couleur » d’Henri Pousseur, ou encore nos propres compositions, fruits de toutes ces informations et fantaisies. »

Porté par ces fécondes années d’expérimentation, et encouragé par Fabrizio Cassol, Laurent Taquin déstructure son saxophone. Il joue de plus en plus fréquemment sur des becs de tuyaux, des hanches seules, ou bien encore ajoute de nouveaux becs à son instrument. 

Puis un jour, une de ses amies, la plasticienne Anne Mortiaux, lui apporte des tuyaux d’orgue. Les sons qu’il arrive à tirer de ces simples tubes sont pour lui une véritable révélation. Pour le vernissage d’une exposition, il commence à construire sa première sculpture sonore, le Taquinophone. Ce prototype se présente sous la forme d’un grand tabouret de bar sur les hauts pieds duquel sont fixés une série de tuyaux d’orgue, eux-mêmes reliés à une batterie de gonfleurs à soufflets pour matelas pneumatiques. Les sons produits par cette sculpture artisanale sont littéralement prodigieux et, lors de l’inauguration, la prestation remporte un grand succès. 

Encouragé par cette expérience, il décide alors d’améliorer cette première sculpture.
A ce jour, la famille des Taquinophones a pris cinq visages différents, toujours en activité aujourd’hui,  sauf le quatrième d’entre eux, qui n’a jamais pu fonctionner. Le cinquième avatar, surnommé le Nénuphone, se présente sous la forme d’une structure métallique sur laquelle prennent place tuyaux d’orgue en PVC, robinets flexibles et soufflets. Montable et démontable en quinze minutes, sa souplesse d’installation permet à son inventeur de l’utiliser dans de nombreux spectacles de rue ou lors de  représentations en salles.  « Pour moi, l’orgue reste la révélation. Il s’agit de le détourner et d’en
retirer toute son essence. Se met alors en place un jeu avec la pression de l’air sous les pieds à l’aide de soufflets de forgeron, en bouchant le haut des cromornes avec les mains pour les faire chanter selon ma fantaisie. On peut aussi faire varier la tonalité du tuyau et varier d’un ton ou d’un ton et demi, ou jouer sur des quarts de ton, octave ou tierce. Cet instrument à lui tout seul pourrait en faire perdre le Bambara à une tribu Aka ! »

Contrairement à d’autres instruments inventés, dont le jeu diffère peu de celui d’un instrument « classique », le Taquinophone présente la particularité d’intégrer entièrement l’instrumentiste au sein même de la structure, un peu à la manière d’un costume ou d’une panoplie sonore. « Le corps est en relation directe avec la musique d’une manière physique, on se sent au milieu de l’instrument
et des sons. En se laissant partir dans une marche ou une danse, on y trouve son propre rythme, et,
hypnotisé par son chant, on se laisse emmener pour une ballade sonore. »

Loin des plans préétablis, Laurent Taquin préfère se fier à son instinct, écoutant plus son cœur et ses mains qu’une quelconque rationalité cérébrale. Glanant dans les marchés aux puces ou les poubelles les objets de ses futurs instruments, il peut alors laisser libre cours à son inspiration et à son imagination. « Pour une installation sonore ou une sculpture, j’aime utiliser des matériaux de construction que les gens peuvent reconnaître et associer à leur vie de tous les jours pour en retirer la poésie. Que ce soit de petits ou de grands instruments, l’aspect plastique tient une place prépondérante dans mon travail. Je dis toujours qu’il faut des yeux pour entendre et des oreilles pour voir, car j’aime associer le visuel à la musique. Le spectateur auditeur se retrouve alors dans un espace à la fois théâtral et sonore. »

Dans ses créations à destination des enfants, notamment « Crom cornes faune » et « Le Marchand de pluie », Laurent Taquin utilise une pléiade d’autres objets sonores incongrus et surprenants : coquillages variés, tuyaux de toutes sortes, appeaux d’oiseaux et machines musicales simples tels le Crème o phone, le Cornophone, le Totem, les Krikoubas ou les Kouklangs. Il y dévoile également d’autres facettes de son talent artistique polymorphe. Tour à tour mime, clown, jongleur, acrobate, saxophoniste ou taquinophoniste, il invite son jeune public à des voyages imaginaires emplis de poésie et de rêve.

Loin d’être isolée, sa pratique de la construction d’instruments l’a amené à rencontrer de nombreux autres sculpteurs sonores. Durant l’année 2000, il participe notamment au collectif Le Septuor des Namureauphones, au sein duquel on trouve aussi Anne Mortiaux ou Xavier Rijs. Il y présente la Balmuse del Meuse, une création aquatique, plastique et sonore, inspirée des moulins à eau et des limonaires, qui sera primée lors de l’exposition thématique « Automatia musica ». La même année à Bruxelles, il rejoint dix-sept autres luthiers inventeurs sur le projet « Nemo ». En 2003, il rejoint la Compagnie des Vents Tripotants pour une fresque sonore embarquée au gré des courants sur la Semois. Pour « Une goutte d’eau sue », il crée une installation de douze arbres sonores dans un ancien lavoir de Bruxelles. Il a également été un des coordinateurs artistiques de la Zinneke Parade en 2000 et 2004.

Aujourd’hui, Laurent Taquin a rejoint d’autres musiciens, guérisseurs, luthiers et alchimistes innovateurs au sein de la Caravane du Zoublistan, une bien belle fanfare qui parcourt les rues et les scènes de Belgique et d’ailleurs, en invitant les spectateurs à participer à la Fête du Grand Bouzouk, la fête de tous les empêcheurs de penser carré.


Une Réponse to “Qui est Laurent Taquin ?”

  1. salut, je suis un pote a Fred du tarn et garonne en france, on organise un festival en avril 2011, on aurait aimer avoir un devis pour les nenuph’air, tu peux me contacter au 0614523281 ou par mail

    hurlement.koungke@yahoo.fr

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